La langue française : sujet, verbe, compliment?
Entre Sylvain Tesson présenté comme "icône réactionnaire" et le rapper Booba spécialiste de "clashs intempestifs", l'ancien magazine L'Obs, qui vient juste de se rebaptiser Nouvel Obs pour coller à l'ambiance de nouveauté, soigne ses associations sémantiques nom-adjectif.
On se rapproche du mot de Pierre Dac qui flattait notre belle langue sur l'air de "sujet, verbe, compliment".
Mais on reste encore loin de la célèbre citation d'Albert Camus : "Ma patrie, c'est la langue française" (voir lien avec Albert Camus en bas de page)
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D'autant que dans le même magazine, aussi relooké - que dis-je ? : redessiné - dans sa forme que dans son vocabulaire, on découvre en illustration de cette belle association nom-adjectif la formule "endoctrinement wokiste"
Se faire endoctriner par un mouvement qui, de Harvard à Science-Po, revisite l'histoire sur fond d'éveil des consciences, d'écriture inclusive et d'islamogauchisme n'encourage guère à devenir un adepte de ces théories en vogue, un "follower" (pardon, un suiveur) de ces idées reconstructivistes.
Mais que dire, sur fond d'anglicismes insupportables, de ce "reverse mentoring" cité par le Nouvel Obs?
L'idée est généreuse, certes, puisqu'il s'agit, dans l'entreprise, de permettre aux plus jeunes de former les plus vieux dans une sorte de tutorat inversé (ma proposition de traduction) sur l'air de : "Hey, boomer, tu m'apprends à faire marcher la machine, je t'initie à l'internet et autres Chat GPT". Mais la formulation à l'anglaise nous éloigne à tout jamais de Camus.
Ah, si seulement le Brexit avait aussi fermé ses frontières à l'envahissement intempestif de l'anglais!
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Il n'en est rien, hélas! Le français n'a plus de patrie et la langue de la presse et de l'entreprise s'abandonne à l'impérialisme linguistique anglo-globish-américain.
Et cela ne peut que me donner envie de reprendre une ancienne chronique intitulée "De la sobriété énergétique à l'ébriété sémantique"
Elle sera ainsi remise au goût du jour et renouvelée. Vous noterez que, contrairement aux pubs Renault, c'est du renouvelé, pas du Renew.
Chronique resucée ou Renew du post : à vous de choisir!
"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément"
Avec toutes les catastrophes qui nous tombent sur la tête, la presse et les politiques ont en magasin tous les éléments de langage pour faire face à l'adversité et faire passer leurs messages.
Avec toute une palette d'expressions hétéroclites!
C'est comme cela, qu'en ingurgitant quotidiennement tout ce vocabulaire soigneusement choisi, votre blogueur est passé en quelques jours de la sobriété énergétique à l'ébriété sémantique.
Il a suffi de trois petites semaines à fureter dans les journaux et les magazines, à écouter les infos et les messages gouvernementaux .En relevant goulûment ce festival d'expressions accolant un nom basique associé à un adjectif parfois inattendu, la pêche s'avère aussi riche que la collecte d'un ramasseur de champignons en Dordogne.
Voilà quelques-unes des pépites glanées dans mon beau panier. Certaines parlent d'elles-mêmes, d'autres font preuve d'imagination, quelques-unes viennent vraiment d'esprits tordus.
C'est bien le signe que notre époque se gargarise de mots que je livre à votre bon vouloir et à votre sagacité en espérant que certains déclencheront votre hilarité, votre colère et surtout vos commentaires, redonnant au blog l'interactivité qui lui fait tant défaut.
Au menu du jour de cette collecte, un vrai melting-popotte parfois aussi indigeste qu'un panier de champignons trop copieux.
Les mots en mouvement:
La mobilité douce qui consiste à remplacer en douceur la voiture diésel honnie par le vélo, la marche à pied ou la trottinette
L'ascenseur social pour ceux qui croient qu'on passe du HLM de banlieue au XVIe arrondissement seulement en se remuant le popotin
L'inflation galopante qui, comme la marée au Mont Saint Michel, remonte aussi vite qu'un cheval au galop.
La circularité créative prônée par le groupe Bernard Arnaud. Késaco? Hey, Bernard, c'est pour élargir le cercle de tes amis que tu as créé ce concept?
La gesticulation vestimentaire : Peut-être que ça vient des tontons-fringueurs qui veulent opposer voile et soutane. Mais en est tonsure?
Le transit intestinal qui, même sans gendarme, favorise la circulation avec ou sans dragées Fluca.
Les classiques du moment:
La transition écologique, sans doute histoire de se mettre au vert.
L'urgence climatique pour contrer au plus vite une météo en folie.
Le bouclier tarifaire pour se mettre en guerre contre l'énergie chère et tomber dessus Abraraccourcix.
L'empreinte carbone où l'on montre du doigt les baby-boomers indignes qui ont laissé une planète qui part à vau-l'au, à Volo comme ailleurs.
Le désert médical où l'on rencontre, question soins, plus de mirages que d'oasis.
Les passoires thermiques qui essorent les budgets des malheureux qui y vivent.
Le monde du travail
Le flex-office où il faut apprendre à devenir un S.B.F. au boulot, un Sans Bureau Fixe.
Les amortisseurs sociaux pour que l'on évite tous les tape-culs sur la route du bien-être
Les démissions silencieuses où l'on se barre sans rien dire.
Le travail émancipateur rêvé par Fabien Roussel et les communistes. Et le coco vint...
Les rapports des sexes:
La masculinité toxique, apanage sans doute du mâle dominant honni par les wokes.
Le mari déconstruit : celui de Sandrine Rousseau sans doute qu'elle a "dégenré", peut-être même, pour couper court, émasculé.
Les toilettes inclusives choisies par le maire écolo de Lyon qui pourtant n'est pas dans le besoin. Après les fractures sanitaires, il veut quoi ? La fracture des sanitaires?
...et pour couronner le tout et traiter le sujet à fond:
la sexualité pénétrative analysée dans "Society". Sans doute appâtent-ils le client, de peur que leur magazine ne capote!
Ça sera tout? Non, non, il y a encore du rab à notre cantine sémantique ( v'la t'y pas que je m'y mets à mon tour !) pour ce melting-popotte du vocabulaire d'aujourd'hui
Du rab de voc
Si vous y tenez, je vous sers un doigt de voyeurisme médiatique avec un soupçon de paradygme écologique.
Je peux aussi vous envoyer sur le front du péril identitaire ou de l'abandon républicain ou encore de l'obsession identitaire qui cartonne partout.
Après cette boulimie de mots et cette indigestion sémantique, il ne vous reste plus qu'à vous mettre à la diète médiatique.
Ce sera sans doute excellent pour votre santé mentale et vous évitera le choc émotionnel. Il vous faudra peut-être quand même un peu de coaching mental, voire d'éducation thérapeutique.
Sinon, profitez de votre mobilité active pour foutre le camp loin de ces "Précieux Ridicules" à fuir à tous prix!
Et pourquoi pas sur une île déserte avec votre collection écrituriales?
Mais, de grâce, évitez de suivre la route de l'économie circulaire.
Elle vous ferait tourner en rond...
Alain CADU
Dessins: Kayo et Pierre Fouillet
Un lien sur Camus suggéré par Michel Ligner:


