En pleine féminisation des noms communs qui inquiète chez écrituriales, il y a quand même des bornes à ne pas dépasser. Qu'ai-je oui ces derniers temps aux infos de France 2?

indexEn plein sujet sur nos ministres de l'éducation et sur leurs réformes, voilà t'y pas que la journaliste se met à parler de Najat Vallaud Belkacem  et la qualifie de prédécesseuse du ministre actuel Mr Blanquer?

Prédecesseuse! Et encore, ce n'était que de l'oral.

On a ainsi échappé au nouvel évangile de l'écriture inclusive, imposant le point médian à l'écrit  où l'on aurait pu lire pour parler des anciens ministres de l'éducation: les prédécesseur.euse.s.

Et pourquoi pas, comme pour "lecteur", qualifier Najat de prédécétrice? ou bien, comme pour "auteur", de prédécesseure?

Je pense qu'il va falloir que j'aille consulter mon docteur actuel ou bien sa prédéceresse...

L'accouchement des esprits

Et pour accoucher de telles conneries, dois-je prendre rendez-vous chez ma sage-femme ou chez mon sage-homme qu'il convient, paraît-il, d'appeler maïeuticien.

Au risque de passer pour un mauvais coucheur, il faut admettre que c'est plus classe et plus philosophique qu'accoucheur.

Mais je leur garde à tous un maïeutichien de ma chienne pour nous avoir imposé ce triturage de méninges abusif et pour, systématiquement, faire compliqué quand on peut faire simple.

Tout, pourtant, n'est pas perdu dans notre belle langue.

Mon ami le nègre, prête-moi ta plume

Si on aboutit, en luttant contre le machisme des mots, à des inepties, on arrive parfois à de jolies trouvailles en luttant contre le racisme sémantique.

Ainsi, pour chasser le mot "nègre", il y a désormais bien mieux que la pâle traduction du "ghost writer" anglo-saxon reconverti en "écrivain-fantôme".

alai kayo lightRéjouissez-vous tous, amis auteurs! Désormais vous ne serez plus ni des nègres ni des auteurs fantômes.

Au clair de la lune, on vous a joliment rebaptisés des "prête-plume".

Sans notre Johnny national pour rallumer le feu, il me reste la consolation de constater que ma chandelle n'est pas morte (dessin du blogueur par KAYO)

C'est le message d'espoir transmis par l'ancienne présidente d'écrituriales qui vient de se pencher sur ce problème de l'écriture inclusive et de la féminisation des noms.

Alors, quid de l'auteur et l'auteur? Nous, chez écrituriales, on a opté pour un mot épicène qui nous permet d'écrire fièrement un et une écriturialiste..

La plume est à Marie-Paule Bouffet

Alain

image avec texte

Vous avez dit « Écriture inclusive » ?

Comment rester à l’écart du débat qui agite la sphère éditoriale, journalistique, enseignante… quand on est auteur.rice, lecteur.rice, lecteur.rice du comité de lecture ou correcteur.rice ? Je fais référence à qu’on appelle « l’écriture inclusive » et ce qu’elle comprend, à savoir la féminisation des noms de métiers et des titres, la remise en cause de la règle selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin et l’accord de proximité (on pourrait écrire comme Racine, dans sa tragédie Athalie en 1691 : « Armez-vous d’un courage et d’une foi nouvelle. ») Ce 21 novembre, nouvelle prise de position : Edouard Philippe, premier ministre vient d’inviter les membres du gouvernement : « …en particulier pour les textes destinés à être publiés au Journal officiel de la République française, à ne pas faire usage de l’écriture dite inclusive. »

Par ailleurs, le décès récent de l’anthropologue Françoise Héritier a remis en lumière l’ensemble de son œuvre. Elle n’a cessé de questionner le rapport homme-femme et nous n’en retiendrons que ce qui peut s’appliquer à l’écriture. En substance, elle estime que l’inégalité homme-femme n’a rien de naturel (dessins Pierre FOUILLET à retrouver d'un clic), mais résulte d’un système de pensée construit. S’il a été construit, on peut donc le déconstruire.

ecriture2

ecriture3Nous rappellerons que cette règle (le masculin l’emporte sur le féminin) a été établie au XVIIe siècle, parce que « le masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. » (Grammaire générale de Beauzée 1767). Auparavant, les accords se faisaient au gré de chacun « comme c'était le cas en latin et comme c'est encore souvent le cas dans les autres langues romanes. » selon la tribune signée récemment par 300 enseignants qui ont décidé de ne plus la faire appliquer. Et cette règle a attendu « la généralisation de l'école primaire obligatoire pour être appliquée massivement ».

Rappelons qu’une langue évolue, qu’elle résulte d’un usage, raison pour laquelle tel ou tel mot fait son entrée dans le dictionnaire, même s’il est d’origine étrangère, et non pas d’une loi.

Par contre, la difficulté se pose à l’écrit, car cette façon d’écrire alourdit, complexifie la phrase. Exemple : Qu’en pensent les écrivain.e.s ?

Difficile d’être exhaustif sur ce sujet. Pouvons-nous compter sur l’Académie Française, qui outre sa lenteur, n’a élu que 8 femmes depuis cinq siècles ? Quel est l’impact sur la formatisation des enfants qui intègrent dès le plus jeune âge que le masculin l’emporte sur le féminin ? etc.

Cependant, sans doute allons-nous pour l’avenir – pas question de réécrire les textes déjà publiés −  accepter les deux façons d’écrire jusqu’à ce qu’une égalité plus naturelle s’impose.

Pour aller plus loin, voir un article très complet sur ce débat, à l’adresse :

http://m.huffingtonpost.fr/celine-gabaret/3-choses-que-je-retiens-en-tant-quenseignante-passionnee-de-langues-sur-lecriture-inclusive_a_23280497/?utm_hp_ref=fr-homepage&ncid=tweetlnkfrhpmg00000001)

2016 10 shooting 076 bisEt réjouissons-nous d’une décision de la ministre de la Culture qui vient d’accepter la proposition du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), visant à remplacer l'expression « nègre littéraire », à la synonymie plus que péjorative, par « prête-plume » !

Gageons que l’usage, encore une fois, va faire disparaître ce mot de la langue, dans cette acception ! Écrivain-fantôme, comme disent les Anglais, était aussi une bonne formule. Cependant, on constate que, de plus en plus, deux noms apparaissent sur la couverture des ouvrages, celui de la personne qui a raconté l’histoire et celui qui l’a écrite.

Encore une évolution!

Marie-Paule BOUFFET

 

Dessin de Pierre FOUILLET dans" le Dico des mots pour briller en société" de Daniel Lacotte et Pierre Fouillet aux éditions Hatier.