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écrituriales, le blog
9 février 2025

Abbé Pierre : Yves Godard, un chiffonnier écartelé

 
 

Avant de se consacrer aux leporello, ces livres-accordéons qu'il était venu présenter au salon écrituriales, Yves Godard a eu une carrière bien remplie : 37 ans chez Emmaüs.

 

Autant dire que l'actualité sur l'abbé Pierre le renvoie automatiquement vers son passé et qu'il est sollicité de toute part pour en parler.

 

Cela méritait bien cette chronique et l'entretien qu'il m'a accordé pour écrituriales et pour le Courrier de l'Ouest.

 

Retour sur un drôle de parcours et un bel échange avec un homme écartelé entre son admiration pour l'action de l'abbé Pierre et sa colère contre le harceleur sexuel.

 

 

Le parcours d'Yves : une fugue en Emmaüs majeur

 

C'est suite à une fugue qu'Yves Godard a démarré sa carrière à Emmaüs. Élève en seconde à Saint-Jo Bressuire, il a décidé un jour de de faire l'école buissonnière pour connaître d'autres expériences.

 

Il raconte : « On ne décide pas un jour de fuguer. On fugue parce que ce jour-là on ne peut plus faire autrement. Début Mars 1969 je quitte le collège. Je suis mineur ! Mi-mars l'adjoint de l'Abbé Pierre  tient une conférence à Bressuire. J'y assiste et en sortant je dis à ma mère qui m'avait amené à la conférence : c'est la vie que je veux vivre. Le 31 mars, via Bressuire, je rentre à la communauté itinérante de Périgueux. Je n'avais pas 18 ans, on m'a accepté à Emmaüs comme j'étais. »

 

37 ans à Emmaüs

 

Puis en 1971, il devient responsable des camps internationaux dans le département de la Vienne avant d’être nommé dans plusieurs communautés à Chalons sur Marne, puis dans le Doubs, puis à Reims et Montpellier en 1973...

 

En 1973, il ouvre avec sa femme la communauté fixe de Poitiers. « C'est à ce moment-là que je suis très en lien avec l'Abbé Pierre ( photo en 1971 à Bressuire, archives du blogueur). Je reste 18 ans responsable de Poitiers puis je suis détaché pour animer le groupe Emmaüs Fraternité ».  Yves Godard terminera comme directeur de "la maison de l'aube", un centre de formation pour les compagnons d'Emmaüs qu’il crée en 1996 qu’il quittera en 2006 après 37 ans passés à Emmaüs.

 

Un témoin sollicité par les media nationaux

 

Aujourd’hui retraité à Béruges, près de Poitiers, il a toujours de nombreux contacts à Emmaüs. Il est très sollicité pour parler de son expérience, notamment par Laétitia Cherel de France-Inter qui prépare un livre sur l’abbé Pierre. Il a été également contacté par « Envoyé spécial » sur France 2 pour leur dernière émission sur l’affaire.

 

Pour oublier, il passe une bonne partie de son temps à créer des leporello, ces petits-livres-accordéons, un loisir créatif qu’il présente lors de salons du livre ( photo plus haut au salon écrituriales du Longeron).

 

Ce loisir créatif lui permet aussi d’oublier un peu toute cette affaire concernant l’Abbé Pierre. Et, aujourd’hui, Yves Godard est écartelé entre son admiration pour l’homme hors du commun qui avait des intuitions géniales et des fulgurances et sa colère contre celui qui, incapable de contrôler ses pulsions, se cachait derrière tout un système mis en place pour le protéger.

 

ENTRETIEN avec Yves Godard, 37 ans à Emmaüs

 

Blogueur : Comment as-tu vécu les révélations successives sur les harcèlements sexuels de l'abbé Pierre ?

 

Yves Godard : Je ne m'en remets toujours pas et surtout je n'imaginais pas l'ampleur du scandale. Il y a cinquante ans, on n'était au courant de rien même si on plaisantait entre nous sur ses "mains baladeuses". Je suis abasourdi par les révélations successives concernant l'abbé Pierre. C'est effrayant ce qui se dévoile actuellement. 

 

Je suppose qu'avec les anciens d'Emmaüs, vous ne vous retrouvez pas aujourd'hui pour simplement parler chiffons?

 

Non. Loin de là! Je connais sept femmes qui ont été plus ou moins agressées par cet homme, des femmes qui ont été engagées comme nous il y a plus de 50 ans. Elles avaient 20 ans à l’époque et quand on leur demande aujourd’hui pourquoi elles n’ont rien dit , toutes ont répondu : C’était l’abbé Pierre, quand même. Qui nous aurait cru ? D’ailleurs, aujourd’hui encore, cinq d’entre elles refusent de témoigner.

 

 

Que fais-tu aujourd'hui pour surmonter le choc?

 

Avec d'autres anciens, on se soutient le moral pour ne pas trop subir les déflagrations de ces révélations. On passe par toutes sortes d'émotions mais on ne remet surtout pas en cause les belles choses qui ont été réalisées. De mon côté, je me plonge dans la création de livres-accordéons. Cela me fait un bien fou de travailler avec ma tête et avec mes mains pour retrouver la sérénité. Je ne sais pas si la beauté sauvera le monde mais j'en ai besoin actuellement pour supporter le choc.

 

Après 37 ans de chiffonnier, tu dois être particulièrement chiffonné ?

 

Je suis abasourdi par les premières révélations. Je disais depuis des années qu'un jour un journaliste dévoilerait la vie affective et sexuelle de l'Abbé. Mais je n’imaginais pas ce qu'on a eu en juillet puis en septembre l’an dernier, et surtout les révélations de ces derniers jours. Ca ne me choquait pas d'imaginer qu'il avait des relations consenties avec des femmes mais là on parle de violences sexuelles et même sur des mineurs. J'ai été ensuite en colère contre ceux qui savaient. Puis j'ai compris qu'ils ne savaient pas l'ampleur et ne pouvaient même pas l'imaginer à cause du système mis en place. Certains ont dit qu'ils avaient fait des choses mais ce n'était jamais pour protéger les femmes, c'était pour protéger l'Abbé de ses pulsions et surtout protéger l'institution ! Un autre temps! Un autre monde ! 

 

Yves Godard dans le Courrier de l'Ouest ce dimanche 9 février

 

 

22, v'la les clics:

Pour retrouver Yves Godard sur le blog

 

 

 

 

 

Commentaires
M
Bonjour !<br /> <br /> <br /> Quel bel article !<br /> <br /> <br /> Sans la moindre flagornerie, il nous faut ici rendre hommage à celui qui se reconnaîtra, pour avoir donné corps à cet entretien qui oblige le lecteur.<br /> <br /> Il fait partie de cette classe enseignante qui retrouve sa vocation missionnaire pour jouer un rôle éclaireur (Aufklärer, précise Edgar Morin) dans la société.<br /> <br /> Béni soit ce correspondant local issu de l'intelligentsia bressuiraise qui sait poser les bonnes questions.<br /> <br /> Les réponses de l'artiste bérugeois sonnent juste.<br /> <br /> Et maintenant !<br /> <br /> En cet univers chiffonné (l'expression est d'un ami qui s'y connaît en trou noir) le chiffonnier à la main baladeuse donnait libre cours à ses passions non maîtrisées. Dans le bourg, il partageait le pain à la table de ses disciples qui, désormais, ne le reconnaissent plus. Il s'en est allé et reste sa mémoire.<br /> <br /> Alors, les commentaires vont bon train...Bénie soit Sixtine sur France 2 bien sûr, et sur une radio nationale payée par nos impôts, on invite le brave homme déçu par le comportement de son idole. Ben voyons !<br /> <br /> Où sont-ils, les mousquetaires qui ne se laissent pas impressionner par cette volaille parisienne et provinciale ? Je n'ose pas écrire ce qu'en pensait Aragon, même si ce cher Louis était heureux d'entendre les chansons de Jean Ferrat passer sur leurs antennes, palsambleu !<br /> <br /> Reste le fond des choses, le nœud gordien des problèmes humains.<br /> <br /> "Oser l'intime" titrait l'autre jour, un ami blogueur qui a publié L.Aragon dans La Pléiade. J'ai lu dans son titre l'anagramme du "Minitel rose". Il n'en revenait pas, tout étonné de la danse mystérieuse des lettres dans notre si chère et belle langue française où l'on trouve le "superbe spectacle de l'amour" dans "la courbure de l'espace-temps".<br /> <br /> Est-ce aussi par hasard si le "poison du cœur" se trouve dans "Éros ou Cupidon" ? Et le remède, ce pharmakon de la philosophie platonicienne, où est-il caché ?<br /> <br /> Alain Daniélou disait, un jour, à la radio, que le christianisme n'a pas réussi à terrasser la bête dans l'humain.<br /> <br /> Eh bien oui, c'est une évidence mais bon, que faire, mon Capitaine ? Avec les armes de l'érotisme essuyer les larmes de notre condition balancée entre pulsions biologiques et conscience dominante ? C'est à voir et pourquoi pas ?<br /> <br /> Quand un jeune révolutionnaire d'un tremblement d'histoire, comme disait André Frossard, descendait de son "amphi" pour remplir la salle d'un collège de province, les bons maîtres des enseignements privé et public ont-ils pris la parole pour parler d’Éros et civilisation, en citant Herbert Marcuse ? Je n'en suis pas sûr.<br /> <br /> Et quand bien même l'auraient-ils fait, quel changement sous nos tristes tropiques, mon bon Seigneur ?<br /> <br /> Eh bien, j'en connais un, diplômé, agrégé et tutti quanti qui va bientôt, j'espère, de son Paris universitaire, revenir vers nous, avec tout ce qu'il sait et pour répondre à nos questions !<br /> <br /> Oui mais, on est timide, on ne sait pas parler et on n'ose pas prendre la parole en public. C'est entendu ! Alors, on fera passer des petits papiers où chacun pourra s'exprimer à visage caché, s'il le souhaite. Un médium fera le pont.<br /> <br /> <br /> "Laissez parler Les p'tits papiers <br /> <br /> À l'occasion Papier chiffon <br /> <br /> Puissent-ils un soir<br /> <br /> Papier buvard<br /> <br /> Vous consoler"<br /> <br /> <br /> En métaphysique quantique où excelle celui qui viendra, un petit oiseau et un petit poisson savent s'y prendre.<br /> <br /> Avec ses ailes il nage, avec ses nageoires il vole<br /> <br /> Et si c'était vrai... N'est-ce pas Messire Levi, Monsieur Guillaud ?<br /> <br /> m
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R
Bonsoir !<br /> <br /> Belle émission, ce jour, rediffusée, ce soir, sur la première chaîne TV d'informations de plus en plus regardée<br /> <br /> dans les chaumières, la chaîne de résistance appelée CNEWS ou tout simplement "la 16".<br /> <br /> L'émission "En quête d'esprit", aujourd'hui, sur les notions d'art et de beauté dans un cadre spirituel est passionnante.<br /> <br /> Que l'on soit croyant ou incroyant, on regarde, on écoute, on s'interroge, on interroge...<br /> <br /> Et en lisant le billet de ce dimanche, évangile selon Monsieur notre blogueur, suivi d'une homélie charpentée de M,<br /> <br /> je ne sais comment vous cacher ma perplexité, sans parler du tournis que me donnent ces étonnantes anagrammes.<br /> <br /> Il y a "le travail" dans les lettres de "l'art, la vie". Et nos chiffonniers sont des travailleurs. Un abbé qui fut aussi député a mené sa barque de pêcheur pour aider les pauvres, les démunis. On l'a honoré, voire auréolé pour sa mission.<br /> <br /> Le voici désormais sur le banc des accusés. Les projecteurs qui font l'actualité laissent une réalité-de-derrière-les-choses, inconnue du public. Quel rapport avons-nous avec ces parentés invisibles ?<br /> <br /> Je crains fort que la venue supposée d'un maître descendant de sa montagne universitaire pour donner conférence au fin fond de la campagne déserte, ne soit, las, qu'une belle fiction.<br /> <br /> Imaginer n'est pas croire mais rêver est un droit.<br /> <br /> Je me pose la question : Seraient-ils légion, nos écriturialistes à venir voir, entendre et questionner, un chantre<br /> <br /> du cantique des quantiques quelque part en bocage, sachant qu'ils n'y vendront pas un seul livre ?<br /> <br /> On peut en douter.<br /> <br /> Quant aux réponses de l'homme de science à nos questions existentielles, sont-elles plus audibles que celles d'un curé de campagne, si tant qu'on en trouvât encore un par les temps de crises qui courent ? Je ne sais.<br /> <br /> À l'improbable nul n'est ténu ! comme disait un psychanalyste qui s'y connaît en grosse ficelle.<br /> <br /> Roxane
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