Abbé Pierre : Yves Godard, un chiffonnier écartelé
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Avant de se consacrer aux leporello, ces livres-accordéons qu'il était venu présenter au salon écrituriales, Yves Godard a eu une carrière bien remplie : 37 ans chez Emmaüs.
Autant dire que l'actualité sur l'abbé Pierre le renvoie automatiquement vers son passé et qu'il est sollicité de toute part pour en parler.
Cela méritait bien cette chronique et l'entretien qu'il m'a accordé pour écrituriales et pour le Courrier de l'Ouest.
Retour sur un drôle de parcours et un bel échange avec un homme écartelé entre son admiration pour l'action de l'abbé Pierre et sa colère contre le harceleur sexuel.
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Le parcours d'Yves : une fugue en Emmaüs majeur
C'est suite à une fugue qu'Yves Godard a démarré sa carrière à Emmaüs. Élève en seconde à Saint-Jo Bressuire, il a décidé un jour de de faire l'école buissonnière pour connaître d'autres expériences.
Il raconte : « On ne décide pas un jour de fuguer. On fugue parce que ce jour-là on ne peut plus faire autrement. Début Mars 1969 je quitte le collège. Je suis mineur ! Mi-mars l'adjoint de l'Abbé Pierre tient une conférence à Bressuire. J'y assiste et en sortant je dis à ma mère qui m'avait amené à la conférence : c'est la vie que je veux vivre. Le 31 mars, via Bressuire, je rentre à la communauté itinérante de Périgueux. Je n'avais pas 18 ans, on m'a accepté à Emmaüs comme j'étais. »
37 ans à Emmaüs
![]() Puis en 1971, il devient responsable des camps internationaux dans le département de la Vienne avant d’être nommé dans plusieurs communautés à Chalons sur Marne, puis dans le Doubs, puis à Reims et Montpellier en 1973...
En 1973, il ouvre avec sa femme la communauté fixe de Poitiers. « C'est à ce moment-là que je suis très en lien avec l'Abbé Pierre ( photo en 1971 à Bressuire, archives du blogueur). Je reste 18 ans responsable de Poitiers puis je suis détaché pour animer le groupe Emmaüs Fraternité ». Yves Godard terminera comme directeur de "la maison de l'aube", un centre de formation pour les compagnons d'Emmaüs qu’il crée en 1996 qu’il quittera en 2006 après 37 ans passés à Emmaüs.
Un témoin sollicité par les media nationaux
Aujourd’hui retraité à Béruges, près de Poitiers, il a toujours de nombreux contacts à Emmaüs. Il est très sollicité pour parler de son expérience, notamment par Laétitia Cherel de France-Inter qui prépare un livre sur l’abbé Pierre. Il a été également contacté par « Envoyé spécial » sur France 2 pour leur dernière émission sur l’affaire.
Pour oublier, il passe une bonne partie de son temps à créer des leporello, ces petits-livres-accordéons, un loisir créatif qu’il présente lors de salons du livre ( photo plus haut au salon écrituriales du Longeron).
Ce loisir créatif lui permet aussi d’oublier un peu toute cette affaire concernant l’Abbé Pierre. Et, aujourd’hui, Yves Godard est écartelé entre son admiration pour l’homme hors du commun qui avait des intuitions géniales et des fulgurances et sa colère contre celui qui, incapable de contrôler ses pulsions, se cachait derrière tout un système mis en place pour le protéger. ENTRETIEN avec Yves Godard, 37 ans à Emmaüs
Blogueur : Comment as-tu vécu les révélations successives sur les harcèlements sexuels de l'abbé Pierre ?
Yves Godard : Je ne m'en remets toujours pas et surtout je n'imaginais pas l'ampleur du scandale. Il y a cinquante ans, on n'était au courant de rien même si on plaisantait entre nous sur ses "mains baladeuses". Je suis abasourdi par les révélations successives concernant l'abbé Pierre. C'est effrayant ce qui se dévoile actuellement.
Je suppose qu'avec les anciens d'Emmaüs, vous ne vous retrouvez pas aujourd'hui pour simplement parler chiffons?
Non. Loin de là! Je connais sept femmes qui ont été plus ou moins agressées par cet homme, des femmes qui ont été engagées comme nous il y a plus de 50 ans. Elles avaient 20 ans à l’époque et quand on leur demande aujourd’hui pourquoi elles n’ont rien dit , toutes ont répondu : C’était l’abbé Pierre, quand même. Qui nous aurait cru ? D’ailleurs, aujourd’hui encore, cinq d’entre elles refusent de témoigner.
Que fais-tu aujourd'hui pour surmonter le choc?
Avec d'autres anciens, on se soutient le moral pour ne pas trop subir les déflagrations de ces révélations. On passe par toutes sortes d'émotions mais on ne remet surtout pas en cause les belles choses qui ont été réalisées. De mon côté, je me plonge dans la création de livres-accordéons. Cela me fait un bien fou de travailler avec ma tête et avec mes mains pour retrouver la sérénité. Je ne sais pas si la beauté sauvera le monde mais j'en ai besoin actuellement pour supporter le choc.
Après 37 ans de chiffonnier, tu dois être particulièrement chiffonné ?
Je suis abasourdi par les premières révélations. Je disais depuis des années qu'un jour un journaliste dévoilerait la vie affective et sexuelle de l'Abbé. Mais je n’imaginais pas ce qu'on a eu en juillet puis en septembre l’an dernier, et surtout les révélations de ces derniers jours. Ca ne me choquait pas d'imaginer qu'il avait des relations consenties avec des femmes mais là on parle de violences sexuelles et même sur des mineurs. J'ai été ensuite en colère contre ceux qui savaient. Puis j'ai compris qu'ils ne savaient pas l'ampleur et ne pouvaient même pas l'imaginer à cause du système mis en place. Certains ont dit qu'ils avaient fait des choses mais ce n'était jamais pour protéger les femmes, c'était pour protéger l'Abbé de ses pulsions et surtout protéger l'institution ! Un autre temps! Un autre monde !
Yves Godard dans le Courrier de l'Ouest ce dimanche 9 février
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22, v'la les clics: Pour retrouver Yves Godard sur le blog
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