bacchus 1Bacchus

J’avais décidé de sortir de mon tonneau et d’aller par ci par là voir où en était le monde. Bien sûr après un tel séjour, je sentais le vinaigre et les mouches s’aggripaient à mon vêtement, elles avaient peur pour moi, bousculer le temps risquait d’être dangereux.

Pour que la transition ne soit pas trop brutale, je me suis installé dans les chais d’un célèbre château du bordelais. Coincé entre deux palettes de bouteilles d’un millésime 2010, je me retrouvais sur un camion, puis je fis un long voyage en bateau et pour finir le cahot d’un train me plongea dans les bras de Morphée. A mon réveil, je partis en inspection. Je découvris assez vite un wagon rempli de voyageurs.

 -         Ah te voilà Bacchus, s’écrièrent les passagers, il ne manquait plus que toi !

 Les personnes présentes étaient toutes des figures historiques, des célébrités, d’hier ou d’aujourd’hui, que faisaient elles là rassemblées ?

Mon inquiétude se mit à grandir quand un barbu décharné et sale s’écria :

 -         Je me suis loupé, mon sacrifice n’a servi à rien, j’ai dû me tromper d’époque !

 C’était Jésus, je le reconnu à ses sandales couvertes de crasse !

 Il y avait beaucoup de nervosité dans l’air et alors que j’allais dire : « Quelqu’un a-t-il un verre de vin à m’offrir ? », un solide gaillard se leva et se mit à tambouriner sur les portes et fenêtres avec une violence hors du commun. Tout était solidement clos. Il cria : «  Je suis Trongai, je veux sortir, la finale est dans une demi-heure, je suis Trongai, sans moi le rugby n’existe pas ! » C’est alors qu’une femme bien en chair et très appétissante aux gouts de certains, lui susurra : » Calme toi mon grand, si tu veux je te fais un gros câlin, je m’appelle Boule de suif, je suis péripatéticienne agréée.

 Puis ce fut la pagaille, tout le monde parlait en même temps, des injures fusèrent. Un autre barbu monta sur une valise et s’écria : « La révolution a aboli la prostitution, que faites-vous ici ? » Il partit d’un discours qui se perdit dans le brouhaha. C’est là qu’un tout petit personnage juché sur un porte bagage déclara : si j’avais su, j’aurais pas venu, cette planète est immonde. Chez nous il n’y a pas de barbus, de femmes en boules, ni de Bacchus taché de vin aux commissures des lèvres, ni d’être avec des trous dans les mains. C’est horrible, je veux partir avec Trongai, d’un drop il me renverra d’où je viens.

 Des coups de feu se firent entendre, une femme échevelée cria : « Hands up, la bourse ou la vie on ne résiste pas, je suis Calamity Jane la terreur de l’Ouest ! «

C’est alors qu’une blonde, aussi bien en chair, mais, plus appétissante que Boule de Suif, se mit à chanter. Cela calma tout le monde :

«  poupidou, pidou poupidou pidou…

«  Je chante car en tant que blonde cela m’évite des écarts de langage »

bacchus 2 Soudain, le train s’ébranla et prit de la vitesse, une bible chuta, un homme coiffé d’une casquette, criait « pas si vite, pas si vite ! »

Mais il fallait rattraper le temps perdu, le chauffeur avait des consignes, il faut arriver le plus vite possible ! C’était les ordres émanant du tout puissant maître des rails et de la vapeur.

 Le train explosa, se volatilisa, forma un nuage gigantesque. Puis le nuage creva et ce fut un nouveau déluge, Noé fut rappelé afin de sauver ce qui pouvait l’être.

 Je retrouvai mon tonneau, me calait au fond, depuis je n’ai plus de velléités de voyage, je ne rêve plus, je pionce bercé par les vapeurs d’alcool.

Alain Berthomet

Merci Alain pour cette nouvelle bachique.

On en attend d'autres du même tonneau...