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Et encore une petite nouvelle d'Alain Berthomet pour écrituriales...

Bonne lecture!

 

Le mal compris

Il mit le « Monde » dans le frigo et posa la coupelle de beurre sur son bureau.
Il s’avançât vers la table basse du salon, il avait besoin de ses lunettes pour lire
la notice de son nouveau médicament. Les lunettes glissèrent d’un seul coup sur
la base de son nez, merde ! s’exclama-t-il, où ai-je mis cette notice ?


Le docteur Mine, son médecin référent, l’avait connu enfant et lui avait assuré :
« Jérôme, à ce rythme tu vas exploser, te reposer et arrêter le bridge ! » Du coup
il était couvert de boutons et il devait prendre ce fichu médicament qu’il venait
de se procurer, notice comprise. Pour lire la notice, il fallait qu’il trouve la boite,
il ouvrit le micro-onde car son portable sonnait.


Allo cria-t-il mais c’était la sonnerie du réveil qui se déclenchait. Il fallait qu’il
se lève, il se traita de tous les noms, puisque il venait de prendre son petit-
déjeuner. Quand il eut compris sa méprise il mit son téléphone en charge et se
dirigea vers les toilettes. Assis le pantalon baissé il se mit à réfléchir ; Mais 6h
30 est-ce le matin ou le soir ? Les gens sont tellement imprécis. Bon d’une part
un réveil mais d’autre part son portable qui lui avait livré un message : il est 6h
30, c’était peut-être Juliette qui lui fixait un rendez-vous ? Cette jeune fille était
si accorte qu’il ne pensait qu’à elle 24h sur 24. Mais non c’était une voix
d’homme, c’était sa voix qu’il venait d’entendre, il avait enregistré ce message
pour se réveiller !

image avec texte

Depuis sa rencontre avec Juliette, devenue son assistante, (cette dernière lui
avait avoué qu’elle avait des sentiments pour lui, mais, mariée…) Jérôme faisait
n’importe quoi, elle le mettait dans un état second, à tel point qu’il fut atteint de
dipsomanie, l’entrainant vers des excès nocifs.


Jérôme était écrivain, depuis quelque temps ses relations avec son éditeur
étaient tendues. Ils s’étaient vus la veille et Georges l’éditeur, avait décrété que
le dernier ouvrage de Jérôme était un amphigouri.


Quand il réalisa que son téléphone lui avait simplement signalé qu’il devait se
lever, Jérôme s’affola. Mais enfin quelle heure est-il dit-il en fixant son horloge
murale ? Il n’eut pas la réponse l’horloge était à l’arrêt, après vérification, le
logement des piles était vide !


Jérôme se sentit las, tellement amoureux et complètement épuisé.
Bon je vais m’habiller et commencer ma journée. Il dit cela avec autorité
comme s’il s’adressait à un quelconque subalterne. Rentrant dans la salle de
bain, son miroir lui fit savoir qu’il était déjà lavé et habillé, il portait une cravate
verte. Cela l’étonna puis il eut une révélation : « Je sais on est jeudi ! »
Alors désespérément il tenta de retrouver la réalité en allumant la télévision.
Lorsqu’il vit, sur BFM, l’image de la tornade qui avait ravagé Rovignon sur
Cher, il pensa à un gros problème et il sortit acheter un quotidien, il paya pour
le »Monde » et prit « Libération » qui ne lui était pas destiné.

indexAlors, maugréant sur le fait que son journal avait changé de format et de présentation, il se mit à lire en marchant. Les images de ce village totalement dévasté étaient
impressionnantes. L’eunecte que les pompiers avaient sorti de la vase qui avait
envahi la supérette donnait à la catastrophe tout son sens.

L’Anaconda est une espèce en voie de disparition et l’action des pompiers était un exploit, pas un morceau de la bête ne manquait : huit mètres précisait le commandant de ces
hommes qui tenaient le monstre dans leurs bras. Il concluait : de plus c’est une
femelle ! C’est alors que Jérôme, fasciné par sa lecture heurta violemment un
bec de gaz (Même si il n’y a plus de bec de gaz, on emploie toujours cette
expression lorsqu’on heurte un objet hérissé, genre poteau, si c’est une personne
on dit un quidam NDL.) Toutes mes excuses dit-il au réverbère et suivit son
chemin en grommelant.


A l’arrêt du bus se tenait « la dame » qu’il voyait tous les jours plantée devant
le poteau indicateur des horaires. Petite, en jupe noire et veste bleue marine, son
regard se portait vers la ville, on devinait ses yeux sous une abondante chevelure
blanche et son visage disparaissait sous un maquillage outrancier .Elle tenait une
sacoche noire qui intriguait Jérôme, en effet c’est la main droite l’organe
préhenseur pourtant elle était gauchère car elle tenait un journal de la main
gauche.


- Bonjour monsieur, vous vous êtes battu ? Vous avez une énorme bosse sur
le front
- Mais non j’ai découvert cela en me levant, une tumeur sans doute.
La vieille personne tourna la tête en pestant après la jeunesse qui se moque de
tout.

Soudain, il se rappela qu’il avait une réunion importante qu’il devait animer.
Le sujet de son exposé était : « Sauvegarde des batraciens en milieu hostile, le
problème des autoroutes. ». Il sauta dans un taxi tout en se disant qu’il n’avait
rien préparé et que de toutes façons il n’aimait ni les grenouilles ni les crapauds.
Il fallait pourtant qu’il fasse bonne figure, responsable régional des « verts » et
engagé local dans l’association « Sauvons la vie aquatique », il ne pouvait se
désister.


La salle était bondée, il fut très applaudi, alors prenant une longue inspiration,
il déclara :


Sur le tronçon de l’autoroute A22 qui va de Parla à Par-ci, les chiffres donnés
par le service de surveillance, concernent la saison 2014 de mai à septembre,
sont catastrophiques. On a relevé :
72 paires de lunettes
2 paires de jumelles
90 préservatifs usagers
1 poupée gonflable
2 grands-mères
2 pédales de frein
La salle commença à grogner, des voix s’élevèrent « quel est ce galimatias ?
C’est quoi ? Êtes-vous fou ?...
Ah oui excusez-moi ce sont les chiffres de 2009 !


Alors ce furent des hués, des insultes, les gens criaient, « imposteur, charlatan,
mystificateur, usurpateur !!! Il dut quitter la salle. Son assistante vint vers lui, les
yeux embués de larmes, « Jérôme, que se passe-t-il ? Rien dit-il, j’en ai marre de
tous ces cons, allez venez Juliette, je vous emmène au « Crapaud bleu » on va se
taper une belle assiettée de cuisses de grenouilles.

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- Oh oui…
- Juliette, je vous aime !
- Moi aussi, tellement !
- Alors on y va, les grenouilles, un bon Chablis, cuvée Reinette et puis on se
tire.
- Où cela Jérôme ?
- Au Bagistalalistan !
- Oh oui, il paraît qu’il n’y a pas de crapauds, que les lézards parlent et mon
mari nous trouvera jamais, il est nul en Géographie !

-En avant toute !

- Et ils disparurent à jamais.

 

Alain Berthomet