corona dégage

Je deviens vieux

C’était un jour de mars au seuil de ce printemps,

Je quittai la maison sous un air radieux.

J’ignorais que la mort sifflerait la mi-temps :

Le jour s’en va, je deviens vieux.

 

Ma chambre provisoire a fermé ses volets,

L’Alpe s’est endormie, ses chemins silencieux

Ne sont plus que déserts entourés de filets :

Le jour s’en va, je deviens vieux.

 

Je ne suis plus mon maître, mis au rang des valets.

On a changé la loi par des décrets piteux

Que certains utilisent à mon goût trop discrets

Le jour s’en va, je deviens vieux.

 

Je suis tel un oiseau sans ailes sur sa branche

Et mon corps immobile est flasque et adipeux.

J’ai perdu mes journées, y compris le dimanche

Le jour s’en va, je deviens vieux.

 

Je ne dois plus penser, il faut que j’obéisse !

Ils nous offrent le sombre, ayant le clair pour eux.

On protège ma vie pour que ma mort agisse :

Ma vie s’en va, j’étais trop vieux…

 

Michel Moinier

Merci Michel pour ce poème écrit le 17 avril après la ségrégation anti-vieux abolie depuis