C'était au temps d'avant le temps, celui qui rythme la vie de la terre. C'était quand les différentes catégories d’êtres vivants commencèrent à apparaitre, et parmi eux, les humains. Ceux-ci, en se multipliant, éprouvèrent le besoin de s'installer en toute autonomie, pour se sentir chez eux quelque part. C'est ainsi qu'advint la terre, riche en ressources de toutes sortes.

indexLes animaux l'habitèrent d'abord et on y trouvait aussi les plantes et, pour leur permettre de croître, l'eau, l'air, le soleil dans le ciel. Les humains trouvèrent ainsi le sol à cultiver et le sous-sol à exploiter. En effet, dès le début, ils eurent envie d'adapter leur environnement à leurs besoins et désirs qui n'en finissaient pas de se développer et de se diversifier, alors que les animaux semblaient immédiatement chez eux, partout où ils se trouvaient sur la terre, qu’ils peuplaient sans la modifier. Ce qui entraînait les humains dans ce mouvement perpétuel par lequel ils inventaient sans cesse de quoi vivre mieux, sortir de l'isolement et être heureux ensemble, c'était trois petites flammes, brillant en chacun d'eux, à la lumière desquelles ils s'appropriaient peu à peu tout ce qui les entourait.

Logo sans nomCes petites flammes dansantes, signes d'humanité, se nommaient Philia, Sophia et Technè. Elles s'entendaient bien et se répartissaient les rôles pour maintenir la paix sur la terre des humains. Philia était tendre, elle leur donnait envie de se rapprocher les uns des autres et d'être bien ensemble ; Sophia était sage, elle leur montrait le bon chemin en toute occasion ; Technè était ingénieuse, elle leur permettait de transformer à leur profit tout ce qui se présentait ou qu'ils découvraient au terme de leurs recherches (car les humains étaient fondamentalement curieux de tout). Sophia éclairait Technè et Philia veillait en permanence à ce que les transformations de la nature se fassent dans le sens du bien commun. Ainsi l'harmonie régnait partout, entre les humains et la nature et dans les relations qui se tissaient sans cesse.

Philia était d'un bleu très doux, comme celui du ciel,  Sophia avait emprunté son éclat jaune d'or au soleil et Technè était drapée d'un rouge qui évoquait la braise incandescente ; il faut dire que sa flamme à elle était celle du feu. Philia, Sophia et Technè dansaient sans cesse et chaque fois qu'elles se croisaient, naissait une couleur nouvelle. Quelques humains s'emparèrent de cette palette pour inventer l'art des images et en parer leur lieu de vie. Ainsi naquit la peinture, porte ouverte à la beauté. La terre était un paradis dont les humains étaient à la fois les promoteurs et les heureux bénéficiaires.

Malheureusement, ceci ne dura pas…Que s’était-il donc passé pour que l'harmonie déraille ?

Sans que personne n'y prenne garde, la parfaite entente des trois petites flammes s'est peu à peu distendue. Sophia a voulu prendre le dessus et, chemin faisant, a cessé d'être sage pour devenir essentiellement savante. Elle a poussé les humains, non plus à être sur le bon chemin mais à connaître de plus en plus de choses, en forçant les secrets de la nature pour mieux l'asservir. Du coup, Technè, récupérant les enseignements de cette science toujours plus conquérante, en tira des applications de plus en plus sophistiquées et même dangereuses. Celles-ci circulaient parmi les humains fascinés qui créèrent un outil d'échange de tous ces biens nouveaux, qu'ils nommèrent Argent. Une frénésie s'empara d'eux et ils n'inventèrent plus pour leur bien mais pour que de plus en plus d'argent circule et enrichisse au passage ceux qui faisaient tourner cette machine infernale.

image avec textePhilia se rendait bien compte que les humains faisaient fausse route mais elle était trop douce et tendre pour pouvoir s'interposer fermement. Elle ne pouvait qu'assister avec tristesse à la détérioration des liens qu'elle avait tissés patiemment avant d'être mise à l’écart. Le peuple des humains se désunit, se répartissant entre les riches, toujours plus riches jusqu'à l’asphyxie, et les pauvres, de plus en plus exploités, démunis et privés de tout espoir d'un avenir meilleur. Prendre le pouvoir devint la grande affaire à tous les niveaux ; les guerres apparurent et se mirent à faire des ravages et les humains, se croyant devenus les maîtres de toutes choses, furent en fait entraînés vers leur perte. La haine fit son apparition, glissant subrepticement ses tentacules dans les moindres  interstices des systèmes humains et elle se mit à tout envenimer.

C'est alors que quelques-uns, las d'assister à un tel gâchis et se souvenant de l'harmonie d'antan, se mobilisèrent pour que Sophia retrouve le bon chemin, celui où science et sagesse s'équilibraient mutuellement. Ils eurent la bonne idée d'associer Philia-la-douce à leur démarche ; du coup, celle-ci retrouva ses marques et son élan d'origine, redonnant aux humains le goût de cheminer ensemble, pour le bien de tous. Tout ceci exigea beaucoup de temps, d'efforts et de renoncements mais donna une certitude à ceux qui s’étaient ainsi mis en route : des trois petites flammes qui les illuminaient, c'était Philia, la plus discrète, qui comptait en fait le plus.

14-05-05-Vents et marées Couv 1Cette histoire dure depuis des millénaires…

Qu’en est-il de ces trois petites flammes aujourd’hui ?

 

Marie-Adine Lesterlin

 

Merci, Marie-Adine pour votre Philia, ce petit conte philosophique sur l'amitié librement inspiré du Mythe du Protagoras 

 

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